dimanche 24 février 2008

Après la guerre : Roots & Shoots au Burundi et en République Démocratique du Congo

En tant que volontaire internationale pour Roots & Shoots en Tanzanie, j’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs membres fondateurs de Roots & Shoots au Burundi et au Congo à Kigoma, ville qu’ils connaissent bien pour y avoir vécu alors qu’ils etaient réfugiés. Après m’avoir raconté leurs histoires, leurs succès et leurs difficultés, ils m’ont fait part de leurs espoirs, dont celui de bénéficier du soutien du réseau Roots & Shoots pour développer leurs activités dans leurs pays, qui se relèvent peu à peu de la guerre.

Justin voulait émigrer en Afrique du Sud pour fuir la guerre qui déchirait son pays, la République Démocratique du Congo. Il a trouvé asile en Tanzanie, où il a rencontré John Shabani, un autre réfugié congolais. C’est alors que John lui a parlé du Docteur Goodall, de l’institut qui porte son nom, et de Roots & Shoots. Intéressé par la philosophie du programme jeunesse du JGI, Justin a décidé de participer aux activités Roots & Shoots en Tanzanie. Pendant deux ans, John et Justin ont cherché des informations et des fonds pour rentrer au pays et y introduire Roots & Shoots.

Arrivés en RDC en 2006, ils creèrent le premier club Roots & Shoots à l’institut supérieur pédagogique de Bukavu, alors composé de 8 membres. Toujours sur la base du volontariat, l’équipe fondatrice de Roots & Shoots au Congo s’est efforcé de faire connaître le programme à travers des débats et des réunions dans les centres de jeunes et des visites d’écoles. Elle a également conduit des campagnes de dépistage du virus VIH/SIDA et d’éducation à la protection de l’environnement. Tous ces efforts ont été récompensés ; il existe aujourd’hui 16 clubs en RDC, dont la plupart se situent dans la région du Nord Kivu. Par ailleurs, plusieurs demandes de constitution de nouveaux clubs ont été reçues.
Parmi les activités réalisées, les clubs Roots & Shoots congolais ont construit des pépinières, distribué des arbres et célébré la journée internationale de l’arbre par de la musique, des sketches, ainsi que des poèmes. Un club d’Uvira a planté des roseaux au bord du lac Tanganiyka. D’autres membres Roots & Shoots ont visité le parc national de Kauzi-Biega, où ils ont pu constater que beaucoup d’éléphants et de gorilles ont été tués pendant les hostilités de 2004 à 2006. Une conférence sur la biodiversité et le tourisme durable a été organisée au niveau universitaire en Septembre 2007. Enfin, des clubs Roots & Shoots du Burundi et de RDC se sont regroupés pour produire un CD de musique célébrant la paix et destiné à la vente afin de récolter des fonds pour financer de futures activités.

L’équipe de Roots & Shoots RDC a fait preuve d’une grande volonté pour mener à bien de nombreux projets dans un pays dévasté par la guerre. A présent, elle a besoin du soutien de ses pairs pour l’aider à développer ses activités plus sereinement.

A cause du conflit qui sévissait dans son pays, le Burundi, David Ninteretse a grandi en Tanzanie. Dès que possible, il est retourné dans le pays de ses parents, où il a recommencé ses études en Français. Cependant celles-ci ont été interrompues à la reprise de la guerre, déclenchée par l’assissinat du premier président Hutu élu au Burundi. De retour en Tanzanie, David a étudié deux ans au centre scolaire congolais de Kigoma, où il a pris part aux activités d’un club Roots & Shoots. Malheureusement, il n’a pas pu poursuivre ses études à cause de la fermeture du centre. Après avoir transité au camp de réfugiés congolais de Nyanugusu, il est parti à Uvira, en République Démocratique du Congo, jusqu’au conflit qui éclata en 2005 et qui le força à fuir le pays.
Bien que dans l’impossibilité de retourner en Tanzanie comme réfugié, David est rentré au Burundi. Là il a fait la connaissance d’Ancile Ntirwihisha, enseignante et maman de cinq enfants. Ancile fait partie des « Inkingi z’ubuntu » c'est-à-dire des personnes qui ont risqué leur vie pour sauver celle des autres. Elle habitait dans un quartier à majorité Tutsie car les Hutus avaient fui de peur que les jeunes Tutsis ne les tuent. Lorsque la guerre a éclaté en ville, Ancile a essayé de sauver les élèves dont les parents avaient fui le quartier en les gardant chez elle. Depuis ces enfants ont grandi, et certains ont rejoint Roots & Shoots aux côtés d’Ancile, dans l’espoir d’un meilleur avenir pour le pays qu’il reste à reconstruire.

Avec l’aide d’amis de Tanzanie, le premier club de “Jeunes Volontaires de Jane Goodall” du Burundi a été créé en avril 2006. Un autre club, baptisé “les enfants de l’espoir”, regroupant enfants Tutsis et Hutus, a participé à la promotion de la paix. Aujourd’hui il existe 18 clubs Roots & Shoots qui rassemblent plus de 600 membres dans les écoles primaires, secondaires et les universités, sans oublier les communautés marginalisées telles que l’ethnie des Twa, les taxis-vélos et les enfants orphelins, auxquels David et ses amis ont enseigné la musique. Ces derniers ont leur propre groupe, appelé club impanuzi, qui veut dire “club de conseil”. L’équipe fondatrice de Roots & Shoots a parlé des problèmes de déforestation et de trafic d’espèces protégées avec le gouvernement. De leur côté, les clubs luttent contre l’érosion en plantant des arbres.

Tout comme les volontaires Roots & Shoots en RDC, L’équipe de Roots & Shoots Burundi est entièrement constituée de volontaires. Tous ont entrepris leurs activités sur la base de leurs propres contributions, en temps, énergie, et argent dans un contexte particulièrement difficile. Il y a eu trois tremblements de terre en RDC au cours des dernières semaines, ce qui a causé plusieurs dégâts matériels.
Pour autant, nos amis ont de nombreux projets pour 2008, à commencer par celui d’établir des clubs Roots & Shoots sur le plan national afin de sensibiliser un maximum d’enfants aux enjeux de la promotion de la paix et de la protection de la nature.

Pour que ces objectifs aboutissent, ils cherchent à recueillir de la documentation sur Roots & Shoots, ansi que des conseils des autres branches de Roots & Shoots dans le monde, tout spécialement de la part de clubs francophones, Ce partenariat pourrait s’effectuer notamment à travers le programme “Collaborer pour comprendre” (Partnerships in Understanding), qui permet à des groupes de différents pays de correspondre et d’échanger des idées et des informations, l’occasion de connaître une autre culture et de creér des liens d’amitié.
Si vous aussi aimeriez correspondre avec un club Roots & Shoots au Congo ou au Burundi, informez-en l’équipe Roots & Shoots de votre pays. Espérons qu’ensemble nous pourrons faire souffler l’esprit de paix à travers nos frontières !

Le Docteur Jane Goodall, entourée de membres Roots & Shoots du Burundi, de la République Démocratique du Congo, de France et de Tanzanie – Janvier, 2008 / Doctor Jane Goodall and Roots & Shoots members from Burundi, the Democratic Republic of Congo, France and Tanzania – January, 2008.

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