Des racines et des pousses en Tanzanie

Au programme : expo, projection photos, débat…














Champ de Mais, Ecole primaire de Kilimanjaro
Je suis devenue une véritable une maman poule ! Au début du mois d’avril nous nous sommes procuré environ 200 oeufs de poules et de pintades, auprès de nos membres qui avaient déjà bénéficié de volailles ou achetés au marche. Nous les avons mis dans notre incubateur de fabrication artisanale. Il s’agit d’un meuble en bois avec deux tiroirs ou sont placés les oeufs, et un bac de chauffage. L’incubateur fonctionne au charbon et aux lampes à pétrole.
Une fois leur plumage sec, nous les avons mis dans un carton sur de la sciure. Nous leur avons préparé de la nourriture : plusieurs kilos de graines de soja, maïs, petits poissons broyés et mélangés avec des vitamines. Apres un ou deux jours les petits sont lâchés dans l’enclos ou ils peuvent se dégourdir les pattes dans l’herbe.
Augustino Lunyange, Coordinateur regional Roots & Shoots à Kigoma et moi, animant un atelier sur la supervision des clubs Roots & Shoots
Le lendemain, nous avons organisé une excursion au parc national de Gombe pour une quinzaine de coordinateurs du camp de réfugiés de Lugufu. Nous sommes partis à bord d’un des bateaux de l’Institut, notre bureau ayant un accès direct au lac. Quel plaisir de prendre son petit déjeuner (chapatis et sodas sous une petite pluie) en voyant défiler le rivage, les barques de pêcheurs et les familles de babouins. Longeant les collines qui bordent le lac, on ne peut qu’être frappé par le contraste entre les collines verdoyantes du parc et celles qui ont fait l’objet de déforestation. D’abord dégradée par l’homme, la nature reprenait peu à peu ses droits au fur et à mesure que nous nous rapprochions du parc, la végétation devenant de plus en plus luxuriante. A l’entrée du parc j’ai du mal à croire que je suis sur le point de réaliser l’un de mes rêves de petite fille les plus chers : partir sur les traces de Jane Goodall à la rencontre des chimpanzés a Gombe… Et la réalité a dépassé tout ce que j’avais pu imaginer à partir des récits de ma primatologue préférée !
A leur arrivée, les quelques visiteurs de Gombe (le prix d’entrée du parc étant volontairement élevé) sont d’abord invités à prendre connaissance du règlement du parc en matière de sécurité et d’hygiène, le contact avec les humains pouvant grandement fragiliser la petite communauté de chimpanzés de Gombe, actuellement réduite à environ 170 individus. Après les formalités de rigueur, nous voilà partis sur la piste de ceux que j’ai appris à connaître par les récits de Jane, et qui m’accompagnent depuis mon enfance. C’est donc pratiquement comme si je rendais visite à de vieilles connaissances, dans un environnement privilégié, un havre de paix et de verdure surplombant le bleu azur du lac… Mon cœur s’emballe aux premiers cris de chimpanzés, m’aidant à trouver la force de suivre notre guide à travers les broussailles. Et soudain je lève les yeux sur un bébé chimpanzé suspendu dans les lianes, sa famille à ses pieds. C’est ainsi que nous avons suivi Gremlin et Gaia à travers la forêt, là dégustant de jeunes tiges, là allaitant les jumeaux, plus loin pour une séance de « gratt’amicale » ou dépouillage collectif dans un écrin de feuillages et branchages.
Et dans un écrin de verdure…
Ne souhaitant pas déranger trop longtemps la tranquillité de nos hôtes, nous poursuivîmes notre promenade sur les sentiers forestiers au milieu des oiseaux, cikalas (cigales locales) et autres primates (babouins, red colobus), sous le soleil et la pluie, pour rejoindre la plage, avec au loin, les montagnes burundaises et congolaises. Quelle joie de nager dans ce paysage, puis de céder à la rêverie en observant le coucher du soleil… La nuit, les étoiles paraissent plus brillantes à Gombe, avec les lanternes des barques de pêcheurs qui leur répondent a l’horizon.
Plage à Gombe
Le lendemain, nous avons pu assister au petit déjeuner de Ferdinand au prix d’une course sur les versants sud du parc, au cours de laquelle nous aurions bien cédé notre statut de bipède contre celui de quadrupède à poils, bien plus pratique et discret ! Au retour nous avons suivi la rivière jusqu'à la cascade de Kakombe, celle auprès de laquelle les chimapzes viennent aussi se ressourcer, passant de longs moments à observer la beauté des chutes d’eau…
Plus le temps de se rendre à Jane’s peak, notre permis de 24 heures venant à expiration… la prochaine fois, j’espère ! En attendant, ces moments resteront gravés dans mon esprit à jamais. Le voyage de retour a lui aussi été inoubliable, en water taxi, une large barque à moteur sur laquelle les passagers sont assis sur les côtés, qui faisait escale à chaque village afin de charger les cargaisons de poissons argentés.
Water taxi
A Kigoma, plus une minute à perdre, car je devais boucler le budget et repartir au plus vite au camp de Lugufu afin de reprendre nos activités, accompagnée de Bedan, un autre volontaire Roots & Shoots, un talkie-walkie et deux vélos pour nous déplacer… Et la encore le travail ne manqua pas, à commencer par une réunion avec les participants à ces deux journées pour mettre en place de nouvelles activités sur les chimpanzés avec les enfants dans le camp de réfugiés.
Lugufu est l’un des 12 camps de réfugiés qui existent dans la région de Kigoma. Il est situe à proximité de réserves forestières et de zones d’habitat pour les chimpanzés grandement menacées. Or l’environnement local a particulièrement souffert de la déforestation pratiquée pour le bois de chauffage et les cultures, et de la consommation de viande de brousse du fait de cet afflux important de réfugiés.

Une colline émerge de la plaine de Lugufu, au coucher du soleil
La nomination du Dr Jane Goodall en tant que Messagère des Nations Unies pour la Paix a permis de réagir face à ce problème par l’introduction du programme Roots & Shoots dans le camp de Lugufu.
Tout a commencé en février 2000 à Kigoma, où des membres de Roots & Shoots ont mis en place un projet d’aide communautaire afin de sensibiliser les écoliers aux droits des réfugiés et à l’action des organisations qui leur viennent en aide. Le but principal de ce projet était de réduire le fossé qui existe entre les réfugiés et la population locale. Ils ont également distribué des savons et des vêtements aux enfants dans le camp de Lugufu. Cette initiative a attiré l’attention du Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies, qui a dès lors apporté son soutien logistique et financier au programme de Roots & Shoots dans le camp. C’est ainsi qu’ont été créés plusieurs poulaillers et jardins dans les écoles pour améliorer les conditions de vie des réfugiés. Des volontaires Roots & Shoots ont conduit des campagnes contre le trafic de viande de brousse et l’abattage systématique des arbres, et initié un réseau actif de clubs et de responsables à travers le camp, large de plus de 5 kms. Une autre particularité du programme Roots & Shoots à Lugufu est l’éducation à la paix par le biais de présentations dans les écoles et d’évènements particuliers réunissant réfugiés et enfants Tanzaniens telles que des rencontres sportives et l’organisation de campings d’intégration.
Le camp héberge aujourd’hui environ une vingtaine de clubs Roots & Shoots, repartis entre les différents établissements scolaires : écoles primaires, secondaires (ou instituts) et université. Ils sont supervisés par Eduard Amuri, réfugié et pasteur, et Shadrach Meshach, coordinateur local. Tous deux aident les clubs de Lugufu à réaliser des activités salutaires pour la communauté des réfugiés : restaurants scolaires, culture de mais, patates douces et autres légumes pour améliorer l’alimentation des membres Roots & Shoots et récolter des bénéfices afin de venir en aide aux personnes les plus vulnérables, etc... L’équipe Roots & Shoots dispose également d’un incubateur de fabrication artisanale, qui permet de distribuer des volailles à de nombreuses familles de réfugiés ainsi qu’aux clubs à l’extérieur du camp.
Restaurant scolaire, Club Roots & Shoots de l’école primaire de LualabaLe programme Roots & Shoots à Lugufu est aujourd’hui considéré comme un modèle d’intégration réussie entre réfugiés et populations locales. Pourtant, il reste encore de nombreux challenges à surmonter dans les mois à venir : le manque de semences et d’outils de jardinage, de moyens de transports et de communication, ainsi que la perspective de la fermeture du camp et le rapatriement des réfugiés vers la République Démocratique du Congo, où nous espérons pouvoir aider les membres Roots & Shoots à poursuivre leurs activités.
Match de football entre les membres Roots & Shoots des écoles secondaires Amani et LuundoPour l’heure, la priorité est d’aider les enfants réfugiés à sortir de leur isolement. C’est pourquoi nous avons organisé des rencontres sportives, des excursions à Gombe pour aller voir les chimpanzés ainsi qu’un week end d’intégration et de formation. De même nous avons invité les membres Roots & Shoots de Lugufu à faire part de leurs histoires, activités et espoirs dans des lettres que les représentants tanzaniens apporteront au sommet mondial Roots & Shoots qui se tiendra en avril prochain aux Etats-Unis. Ainsi ils pourront faire entendre leur voix par delà les limites du camp, et nous l’espérons recevoir des témoignages d’amitié et d’encouragement de la part de membres Roots & Shoots d’autres pays. Si vous êtes intéressés, vous pouvez également correspondre en francais avec l’un des clubs de Lugufu par le biais du programme “Collaborer pour comprendre” (Partnerships in Understanding). N’hésitez pas a contacter l’équipe Roots & Shoots de votre pays pour plus d’informations.
Promotion des échanges entre réfugiés congolais et écoliers tanzaniens
Il existe plusieurs clubs Roots & Shoots aux alentours de Lugufu. Par exemple, le club des Jeunes garçons, vise à mobiliser les enfants des rues autour d’activités constructives telles que la culture de fruits et le football. Le club de l’école primaire de Rubona a construit ses propres ruches à l’aide de bambous et de bouses de vache. Kasuramimba est l’une des écoles phares du programme. Les membres du club Roots & Shoots y élèvent des poulets, font pousser des arbres et récoltent du miel. Ils ont aussi obtenu la gestion exclusive d’un terrain à proximité de l’école où il est à présent interdit de couper des arbres. Sur cette parcelle, des espèces endémiques ont refait leur apparition, ainsi que des herbes médicinales qui servent à toute la communauté, comme l’aloe vera.
aloe vera. Kazuramimba
Bibliothèque sur la conservation de l’environnement, Kazuramimba
Outre des projections audio-visuelles sur l’œuvre du Dr Goodall, plusieurs intervenants sont venus à la rencontre des enfants : un expert de l’étude du comportement des chimpanzés à Gombe, un ancien du village qui raconta des histoires autour d’un feu de camp, une troupe de jeunes acteurs et réfugiés Congolais qui jouèrent des pièces sur la protection de l’environnement et la résolution de conflits, etc...
La troupe de réfugies congolais des Young NegrosDans une ambiance enjouée, les enfants ont appris à mieux se connaître et à vivre en communauté. Ils sont repartis avec des chants et des projets plein la tête, qu’ils ne manqueront pas de partager avec les autres membres de leurs clubs à leur retour au camp.
Le centre de conservation de l’environnement de l’Institut Jane Goodall à Kigoma a récemment reçu la visite de plusieurs membres de la Jane’s Peak Society, qui soutiennent financièrement l’Institut Jane Goodall aux Etats Unis. Ceux ci ont souhaité se rendre sur place pour aller à la rencontre des personnes qui participent aux projets de l’IJG en Tanzanie.
C’est dans ce cadre que je les ai accompagnés à la coopérative de café de Kalinzi, à quelques heures de Kigoma. Cette coopérative fait partie du programme TACARE, qui vise à améliorer les conditions de vie des habitants des villages autour du parc de Gombe, et ainsi contribuer à la protection des forêts habitées par les chimpanzés.
C’est de Kalinzi que provient le « café de la resserve de Gombe » commercialisé par Blue Mountain aux Etats Unis et disponible à la vente sur le site Internet américain de l’Institut Jane Goodall.
Paquets de café de la réserve de Gombe, coopérative de Kalinzi
Sur les paquets on peut lire le slogan suivant : « Une bonne tasse de café peut changer votre journée, une très bonne tasse de café peut changer le monde ». Le café de la réserve de Gombe a certainement amélioré la vie de nombreux agriculteurs, qui ont vu leurs revenus augmenter considérablement au cours des dernières années, ainsi que l’environnement local par l’instauration d’un système hydrologique non polluant et la récupération des eaux utilisées pour nettoyer les grains de café.
Apres nous avoir expliqué les étapes de fabrication du café, les responsables de la coopérative nous ont emmenés dans une plantation. Les plants, particulièrement fournis, poussent a l’ombre de grands arbres qui leur procurent l’ombre et le nitrogène nécessaire à leur développement.
Café de la réserve de Gombe, Kalinzi
Lors d’un repas tiré du sac sur un plateau surplombant le parc de Gombe et ses environs, nous avons pu constater l’ampleur des dégradations environnementales provoquées par la déforestation qui résulte de l’accroissement de la population, ainsi que les efforts déployés dans le cadre du Projet « Greater Gombe Ecosystem » pour les contrer. Les équipes du GGE parcourent la région pour sensibiliser la population et décider de l’occupation des sols d’une façon plus respectueuse de l’environnement, en utilisant notamment des images satellites.
Enfin nous nous sommes rendus à un point d’eau filtrée, fournissant gratuitement à la communauté locale une eau non polluée.


Exemple de reboisement des collines du Greater Gombe Ecosystem
Tout au long de cette journée, nous avons été accompagnes par les autorités gouvernementales, avec lesquelles l’Institut Jane Goodall travaille en étroite collaboration pour améliorer l’environnement local et la vie des habitants autour du parc de Gombe.


An open-air classroom in Mazungwe primary school
The Environmental Education Officer for the MUE program would begin our presentation by talking about the environment, whilst I would tell the kids about Doctor Goodall’s story and another Roots & Shoots volunteer would give further details on Roots & Shoots philosophy and how to create a club and run it efficiently. During a week’s trip, we visited eleven other schools around Uvinza and Mpanda town, taking every opportunity we had to speak to the local authorities about our initiative.
As we traveled across the region, we visited Katavi National Park where we saw many hippos, giraffes, zebras, a hyena and two lions. We also came across two big challenges for the MUE projet; firewood extraction by the salt factories, and shifting agriculture practiced on a wide scale by the refugees, destroying large portions of the forest. The poor teaching and learning environment together with the lack of water supply sources in some of the schools might also cause some difficulties in implementing Roots & Shoots activities.
However, everywhere we went teachers and students proved very enthusiastic and inspired by our visit. It was quite encouraging for them to see someone coming from a very distant country to share ideas about Roots & Shoots, as it shows that this program brings together young people from all origins, so that we can understand each other better. So there are many reasons for us to have good hopes for the future of the Masito Ugalla area, as its youth will soon engage in positive action to preserve their environment and community and become part of the global Roots & Shoots network.
Maquette de Jane à Gombe realisée à partir de matériaux recyclés

